Bibia Pavard : comprendre l'œuvre d'une historienne de l'avortement en France

Mis à jour le 25/07/2026 par Élise Moreau

Bibia Pavard est une historienne française dont les travaux sur l'avortement et la contraception ont profondément renouvelé la manière dont on comprend l'histoire des droits reproductifs en France. Maître de conférences en histoire contemporaine, elle a notamment co-écrit Si je veux, quand je veux — Contraception et avortement en France (1956-1979), un ouvrage de référence qui documente avec rigueur les décennies qui ont précédé et suivi la loi Veil de 1975. Pour celles qui traversent aujourd'hui une expérience d'avortement — ou en portent le souvenir — comprendre ce passé collectif peut être un acte de guérison à part entière.

Historienne française consultant des archives universitaires sur l'avortement et la contraception, évoquant les travaux de Bibia Pavard

Qui est Bibia Pavard ?

Bibia Pavard est historienne spécialiste de l'histoire des femmes et du genre en France au XXe siècle. Elle enseigne à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas et ses recherches portent principalement sur les mouvements féministes, la contraception et l'avortement dans la France contemporaine. Son approche est à la fois archivistique — elle s'appuie sur des sources primaires, des témoignages d'époque, des archives associatives et parlementaires — et profondément humaniste, donnant voix aux femmes dont les expériences ont été trop longtemps effacées de l'histoire officielle.

Ce qui me touche dans son travail, c'est précisément cette volonté de nommer ce qui a été tu. Quand j'ai commencé à explorer mon propre vécu autour de l'avortement que j'ai traversé à 23 ans, j'avais l'impression d'entrer dans un territoire sans carte. Les travaux de chercheuses comme Bibia Pavard m'ont montré que ce territoire existait bel et bien — il avait simplement été maintenu dans l'ombre.

Parmi ses co-auteures et collaboratrices, on trouve Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, avec lesquelles elle a publié l'ouvrage Si je veux, quand je veux — Contraception et avortement en France (1956-1979), paru aux Presses Universitaires de Rennes.

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Quel est l'apport majeur de son œuvre sur l'avortement ?

L'apport essentiel de Bibia Pavard est d'avoir inscrit l'avortement dans une histoire collective longue, au lieu de le traiter comme un fait-divers médical ou un débat de société abstrait. Elle montre que derrière chaque interruption de grossesse se trouve une femme réelle, prise dans un contexte politique, médical et moral précis — et que ces contextes ont changé, se sont affrontés, ont évolué sous la pression de militantes acharnées.

Ce déplacement de regard est fondamental. Il retire à l'avortement son caractère d'exception honteuse pour le restituer dans sa dimension de réalité vécue par des millions de femmes à travers les âges. Selon les données de la Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques (DREES), environ 230 000 interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées chaque année en France. Ce chiffre, chaque fois qu'on le lit, porte en lui un silence : celui de toutes les expériences intérieures que les statistiques ne peuvent pas capturer.

Le travail de Bibia Pavard contribue à briser ce silence en lui donnant un cadre historique.

Manifestation féministe française dans les années 1970 pour le droit à l'avortement, contexte historique documenté par Bibia Pavard

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Que révèle Si je veux, quand je veux sur les luttes des femmes ?

Si je veux, quand je veux révèle que le droit à l'avortement n'a pas été octroyé — il a été arraché, par des décennies de militantisme, de prises de risques légaux et de transgression courageuse.

L'ouvrage couvre la période 1956-1979 et retrace deux fronts simultanés : la lutte pour la contraception, d'abord illégale puis progressivement tolérée avec la loi Neuwirth de 1967, et la lutte pour l'avortement, criminalisé jusqu'à la loi Veil de 1975. Les auteures reconstituent l'émergence du Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC), fondé en 1973, et documentent comment des médecins, des féministes et des femmes ordinaires ont pratiqué des avortements illégaux pour forcer la main du législateur.

Ce récit m'a profondément remuée. Mes grands-parents n'en parlaient jamais, mais en lisant ce livre, j'ai compris que des femmes de leur génération — peut-être des femmes de ma propre famille — avaient vécu dans un monde où un avortement clandestin pouvait signifier l'emprisonnement, l'infertilité définitive, ou la mort. Cette réalité-là n'est pas lointaine : elle appartient à la mémoire vivante de nos familles.

Voici les grandes étapes législatives que Bibia Pavard et ses co-auteures documentent dans leur ouvrage :

DateÉvénementPortée
1920Loi réprimant toute propagande contraceptive et tout avortementCriminalisation totale
1967Loi NeuwirthLégalisation de la contraception (sous conditions)
1971Manifeste des 343Aveu public de 343 femmes ayant avorté illégalement
1973Fondation du MLACPratique militante et collective de l'avortement
1975Loi VeilLégalisation provisoire de l'IVG pour 5 ans
1979Pérennisation de la loi VeilDroit définitif à l'avortement en France
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Comment la loi Veil a-t-elle transformé le vécu des femmes selon ses recherches ?

Selon les analyses de Bibia Pavard, la loi Veil n'a pas immédiatement transformé l'expérience intime des femmes — elle a d'abord transformé les conditions de sécurité physique dans lesquelles elles pouvaient avorter.

La légalisation a mis fin aux avortements clandestins pratiqués dans des conditions souvent dangereuses, parfois fatales. Mais elle n'a pas effacé du jour au lendemain la honte, la culpabilité ou l'isolement que beaucoup de femmes ressentaient autour de cette décision. Ces émotions n'étaient pas le produit d'un état psychologique intrinsèque : elles étaient en grande partie le résultat d'une société qui avait longtemps criminalisé l'acte et celles qui le commettaient.

C'est l'un des enseignements les plus importants — et les plus douloureux — que j'ai retirés de la lecture de ces travaux. Ce que nous appelons aujourd'hui le "syndrome post-avortement" (terme qui reste débattu dans la littérature scientifique) est inséparable d'un contexte culturel et moral qui a historiquement chargé l'avortement de stigmate. On ne peut pas soigner le présent sans comprendre d'où vient ce poids.

Pour approfondir la question du vécu émotionnel après une IVG, je vous invite à explorer les ressources disponibles sur les émotions après un avortement que nous avons rassemblées sur ce site.

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Femme en réflexion dans un espace thérapeutique sécurisé, symbolisant le chemin de reconstruction après un avortement

Pourquoi l'histoire de l'avortement aide à se reconstruire

Connaître l'histoire de l'avortement — telle que Bibia Pavard l'a reconstituée — permet de dépersonnaliser une expérience que beaucoup de femmes vivent comme une honte exclusivement individuelle.

Lorsqu'on réalise que des milliers de femmes avant nous ont pris cette décision dans des conditions infiniment plus difficiles, que des militantes ont risqué leur liberté pour que nous puissions le faire en sécurité, quelque chose se déplace intérieurement. Pas la douleur elle-même, mais son sens. On cesse d'être seule avec elle.

Dans mon travail clinique à Lyon, j'accompagne régulièrement des femmes qui portent le souvenir d'un avortement comme une blessure muette. Ce qui les aide souvent, ce n'est pas seulement le travail thérapeutique individuel — c'est aussi la mise en contexte. Comprendre que leur vécu s'inscrit dans une histoire collective, dans un continuum de luttes et de silences, peut être une étape puissante vers l'intégration.

  • Nommer l'expérience sans la charger de honte historique
  • Reconnaître la légitimité de la douleur sans en faire une condamnation morale
  • S'appuyer sur une communauté de femmes qui ont vécu — et survécu
  • Trouver des ressources thérapeutiques adaptées à son vécu personnel
  • Comprendre que la reconstruction prend le temps qu'elle prend, sans calendrier imposé
L'œuvre de Bibia Pavard n'est pas un manuel de psychologie. Mais elle fournit quelque chose d'aussi précieux : un contexte dans lequel la douleur personnelle cesse d'être une anomalie pour devenir une part d'une expérience humaine partagée et documentée.

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Ce que les silences historiques nous coûtent encore aujourd'hui

Les silences que Bibia Pavard met au jour dans son travail historique ont des équivalents dans le présent : le manque de reconnaissance sociale de la douleur post-avortement, la difficulté à en parler sans être immédiatement assignée à un camp politique, la solitude de celles qui ne savent pas où chercher de l'aide.

L'histoire de l'avortement en France, telle qu'elle est documentée dans Si je veux, quand je veux, est aussi l'histoire de ce qui a été tu. Les femmes qui ont avorté clandestinement avant 1975 n'ont généralement pas parlé. Celles qui ont avorté légalement depuis n'ont pas toujours eu davantage d'espace pour le faire. Il existe une continuité de silence — et ce silence coûte.

Il coûte en termes de santé mentale, d'isolement, de culpabilité non traitée. Il coûte aussi en termes de transmission : des générations de femmes n'ont pas pu parler à leurs filles, à leurs nièces, à leurs amies, de ce qu'elles avaient traversé.

C'est précisément pour briser cette continuité que des espaces comme celui que vous lisez en ce moment existent. Je vous encourage à explorer les témoignages et ressources de soutien disponibles sur ce site, pour trouver des mots à ce qui vous appartient.

Pour une perspective complémentaire sur l'histoire légale et médicale de l'IVG en France, la page Wikipédia sur la loi Veil offre un point d'entrée documenté et accessible.

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Questions fréquentes

Q : Bibia Pavard est-elle féministe dans ses travaux ? R : Bibia Pavard est une historienne universitaire dont l'approche est celle de l'histoire sociale et du genre. Elle documente les mouvements féministes sans porter de jugement normatif explicite, mais son travail s'inscrit clairement dans une perspective qui reconnaît l'importance des droits des femmes sur leur corps et leur reproduction.

Q : Où peut-on lire les travaux de Bibia Pavard ? R : Son ouvrage principal sur l'avortement, Si je veux, quand je veux — Contraception et avortement en France (1956-1979), est publié aux Presses Universitaires de Rennes. Il est disponible en librairie et dans les bibliothèques universitaires françaises. Elle publie également des articles académiques accessibles via des plateformes comme Cairn.info.

Q : La loi Veil est-elle remise en cause aujourd'hui ? R : En France, le droit à l'IVG a été inscrit dans la Constitution en mars 2024, ce qui le protège constitutionnellement contre toute remise en question législative. Cela représente une avancée majeure dans la continuité des luttes historiques que Bibia Pavard documente dans ses travaux.

Q : L'avortement peut-il laisser des séquelles psychologiques ? R : La recherche scientifique est nuancée sur ce point. Des études sérieuses, dont celles publiées dans des revues médicales internationales, indiquent que la majorité des femmes ne développent pas de troubles psychologiques durables après un avortement. Cependant, certaines femmes vivent des émotions difficiles — deuil, culpabilité, tristesse — qui méritent d'être prises au sérieux et accompagnées, sans pour autant être pathologisées systématiquement.

Q : Pourquoi est-il difficile de parler de son avortement même aujourd'hui ? R : La difficulté à parler s'explique par une combinaison de facteurs : stigmate social persistant, peur d'être jugée, absence d'espaces sécurisés pour ce type de confidence, et héritage historique d'une époque où l'avortement était littéralement criminel. Les travaux comme ceux de Bibia Pavard contribuent à créer le contexte culturel dans lequel cette parole peut progressivement se libérer.

Q : Comment l'histoire de l'avortement peut-elle aider à guérir ? R : Comprendre l'histoire collective de l'avortement — les luttes, les silences, les victoires — permet de sortir de l'isolement. Réaliser que votre expérience s'inscrit dans un continuum humain partagé, et non dans une honte personnelle exclusive, peut être une étape importante dans un processus de reconstruction intérieure.

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Élise Moreau — Psychologue clinicienne et écrivaine à Lyon, France. Après avoir vécu un avortement à 23 ans et entrepris un long chemin de guérison, j'ai fondé ce site pour offrir un espace sécurisé où les femmes peuvent partager leur vécu sans jugement, en alliant expérience personnelle et données scientifiques.

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