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ToggleAnne Wiazemsky et le poids invisible d'un avortement jamais nommé
Mis à jour le 10/09/2026 par Élise Moreau
Quand Anne Wiazemsky a posé sur le papier, dans Dans les yeux de Agnès (1991, Éditions du Seuil), les mots d'une grossesse interrompue que sa génération considérait presque taboue, elle a offert à des milliers de femmes une permission rare : celle de nommer. Ce récit intime, tissé entre mémoire et corps, reste l'une des seules œuvres littéraires françaises qui approche l'avortement non pas comme un simple acte médical, mais comme une expérience qui laisse des traces durables, parfois invisibles, parfois douloureusement présentes des années plus tard.
Sommaire
- Qui est Anne Wiazemsky et pourquoi son récit touche les femmes après un avortement ?
- Comment « Dans les yeux de Agnès » nomme ce que d'autres taisent
- Pourquoi le silence autour de l'avortement laisse-t-il des cicatrices invisibles ?
- Comment le regard d'Anne Wiazemsky peut-il accompagner votre reconstruction ?
- Quelles leçons tirer de son écriture pour traverser le syndrome post-avortement ?
- Questions fréquentes
Qui est Anne Wiazemsky et pourquoi son récit touche les femmes après un avortement ?
Anne Wiazemsky, née Anne Solleveld à Berlin en 1934 et décédée à Paris en 2017, était écrivaine, actrice et petite-fille d'André Gide et de Simone Roche. Compagne de la cinéaste Agnès Varda de 1971 jusqu'à son décès en mars 2019, elle a vécu à ses côtés près de cinquante ans qui ont nourri l'essentiel de son œuvre. Son roman Dans les yeux de Agnès, paru en 1991 aux Éditions du Seuil, retrace cette vie à deux avec une lucidité tendre et une précision sensorielle qui en font bien plus qu'un simple portrait biographique.
Ce qui rend son écriture si singulière pour une femme qui a vécu un avortement, c'est que Wiazemsky n'isole jamais le corps. La grossesse interrompue y apparaît insérée dans un continuum : le regard de l'autre, le souvenir d'enfance, la lumière d'une pièce, le poids d'un nom à porter. Pour vous, qui ressentez peut-être encore, des mois ou des années après, une gêne diffuse, une sensation d'inachevé, cette manière d'écrire vous dit quelque chose d'important : votre histoire n'est pas isolée, elle fait partie d'un tout.
Par exemple, imaginez une jeune femme qui lit ce passage à l'âge de vingt ans, en cachette, avec la certitude que personne autour d'elle ne l'avait lu. Ce sentiment de partage à travers les pages, de reconnaissance silencieuse, est exactement ce que je cherche à offrir ici sur ce site. Anne Wiazemsky a transformé une expérience corporelle en langage commun, et c'est ce geste qui continue de résonner. Pour en savoir plus sur le parcours biographique complet de l'auteure, vous pouvez consulter sa notice sur Wikipédia.
Comment « Dans les yeux de Agnès » nomme ce que d'autres taisent
Le livre ne s'appelle pas « Dans le corps de Agnès », mais « Dans les yeux ». Ce choix n'est pas anodin. Wiazemsky situe l'expérience de la féminité, de la maternité possible et de la perte, dans le regard croisé : celui qu'on pose sur l'autre, celui qu'on se renvoie, celui qui dit « tu es ma compagne, ma femme, mon regard ». L'avortement y est traité comme un événement qui modifie la géométrie du regard entre deux personnes, pas uniquement comme une intervention dans un utérus.
Imaginons une femme qui a eu recours à l'IVG il y a trois ans et qui, lors d'un dîner entre amis, évite soigneusement les conversations sur les bébés. Elle ne sait pas toujours expliquer pourquoi. Dans l'univers narratif d'Anne Wiazemsky, cette gêne prendrait la forme d'un silence qui se glisse entre deux phrases, d'un objet sur la table que l'on regarde sans le nommer. L'écrivaine donne une chair littéraire à ce que la psychologie appelle l'évitement, cette stratégie de protection qui, à force, finit par éroder.
Ce que Wiazemsky propose, c'est un mouvement de va-et-vient entre le dire et le taire. Elle ne force pas le nom ; elle le laisse se dévoiler. C'est un modèle précieux pour toute femme qui, comme vous, cherchez à mettre des mots sans tout déverser d'un coup. Le récit de Wiazemsky ne dit pas « je suis brisée », il dit « il y a eu un moment où la lumière était différente ». Et c'est dans cette nuance que réside toute la puissance de l'écriture.
Pourquoi le silence autour de l'avortement laisse-t-il des cicatrices invisibles ?
Parce que le silence empêche l'intégration de l'expérience dans la mémoire narrative, explique la recherche en psychologie du développement. Quand un événement reste « non-traduit » en histoire personnelle, il continue d'opérer en arrière-plan, comme une mélodie entendue à travers un mur : on perçoit les notes sans savoir de quelle chanson il s'agit.
En France, l'IVG a été rendue légale en 1975 par la loi Veil. Plus de cinquante ans plus tard, les données publiées par Santé publique France indiquent que l'ordre de grandeur se situe autour de deux cents mille interruptions volontaires de grossesse par an. Pourtant, l'absence de congé post-avortement, la discrétion hospitalière souvent bienveillante mais qui confine au mutisme, et les représentations culturelles encore partagées maintiennent un voile de non-dit. Pour beaucoup de femmes, l'avortement reste l'événement qu'on « n'a pas vraiment fait », celui qu'on a « juste subi », celui qu'on « a eu à faire » pour ne pas l'assumer pleinement.
Voici des manifestations fréquentes de ce silence non résolu, que j'observe dans ma pratique à Lyon :
- Une sensation de flottement récurrent au moment des dates « anniversaires », même si la date exacte a été choisie de manière arbitraire
- Un rapport au ventre ou à la poitrine qui devient étranger, presque hostile
- Une difficulté à recevoir des nouvelles de grossesses entourees, sans pour autant pouvoir l'expliquer logiquement
- Un besoin compulsif d'ordre, de contrôle, comme pour compenser une impression d'imprévu qui n'a jamais été traité
- Une colère diffuse, parfois dirigée vers l'autre, parfois vers soi, qui semble démesurée par rapport à « ce qui s'est passé »
Comment le regard d'Anne Wiazemsky peut-il accompagner votre reconstruction ?
En vous offrant un langage intermédiaire, entre la précision médicale et l'expression brute de la douleur, le texte de Wiazemsky fonctionne comme un pont. Il permet de dire « quelque chose s'est passé dans mon corps » sans avoir à dire « j'ai eu une IVG au douzième jour ». Cette zone d'ombre contrôlée est essentielle dans les premières phases de reconstruction.
Concrètement, si vous cherchez à mettre des mots sur ce que vous ressentez, vous pouvez vous inspirer de trois principes observables dans l'écriture de Wiazemsky :
Premier principe : ancrer l'émotion dans un détail sensoriel. Plutôt que « j'étais triste », écrire ou se dire « j'ai retrouvé le parfum du couloir de la clinique dans mon manteau ». Le détail concret ancre l'abstrait et le rend manipulable.
Deuxième principe : laisser le temps du regard. Wiazemsky ne force jamais la scène. Elle regarde, attend, laisse le détail surgir. Dans votre parcours, cela peut prendre la forme d'une marche sans objectif, d'un carnet où vous écrivez une phrase par jour sans vous censurer, ou simplement d'un silence autorisé devant une fenêtre.
Troisième principe : inscrire l'événement dans une relation. L'avortement ne vous est jamais arrivé dans le vide. Il a été vécu en relation avec un partenaire, une mère, un médecin, un regard social. Nommer ces relations, sans les juger, permet de redistribuer la charge qui pèse sur vos épaules seules.
| Ce que Wiazemsky propose dans son texte | Ce que cela peut activer chez vous |
|---|---|
| Un détail sensoriel précis (une lumière, une odeur, une posture) | Un ancrage concret qui permet de sortir du tourbillon mental |
| Un silence qui n'est pas un vide mais un espace habité | La permission de ne pas tout dire tout de suite, sans culpabilité |
| Un regard croisé entre deux personnes | La reconnaissance que votre expérience est située dans un lien, pas dans l'isolement |
| Une mémoire qui ne linéarise pas (allers-retours, répétitions) | L'autorisation de revivre certains jours, sans y voir une régression |
Quelles leçons tirer de son écriture pour traverser le syndrome post-avortement ?
La leçon fondamentale d'Anne Wiazemsky, c'est que nommer ne signifie pas tout résoudre. Dans Dans les yeux de Agnès, le récit ne se conclut pas sur une révélation salvatrice. Il se termine sur une présence, un regard encore ouvert. Pour vous, cela veut dire que le travail de reconstruction n'a pas de « fin » spectaculaire. Il a des vagues, des jours plus clairs, des nuits plus denses. Et c'est normal.
Je vous propose trois pistes d'action inspirées de cette approche, que vous pourrez adapter à votre rythme :
Premièrement, trouvez votre « détail d'ancrage ». C'est une image, un son, une sensation qui vous ramène à l'instant présent quand le souvenir s'immisce. Par exemple, pour l'une, cela pourrait être le bruit de la pluie sur la vitre de son bureau ; pour l'autre, l'odeur du café du matin. Ce détail n'a pas à être logique. Il a à être votre.
Deuxièmement, accordez-vous un espace de non-dit. Wiazemsky laisse des silences dans son texte. Vous aussi, vous pouvez choisir de ne pas tout raconter, pas tout de suite, pas à tout le monde. Le silence choisi n'est pas le silence subi. Cette distinction est déterminante.
Troisièmement, si la gêne persiste au-delà de plusieurs mois et qu'elle interfère avec votre quotidien, votre sommeil ou vos relations, n'hésitez pas à trouver un accompagnement adapté après l'avortement. La psychologie de couple, la psychosomatique ou la thérapie narrative peuvent offrir des cadres adaptés à votre histoire.
Anne Wiazemsky n'a pas écrit pour les thérapeutes. Elle a écrit pour qu'une femme, un soir, en lisant dans le train ou au coin d'un lit, se dise : « oui, c'est ça, c'est exactement ça que je n'arrivais pas à formuler ». C'est cet effet-là que je souhaite à chaque lectrice de ces pages.
Questions fréquentes
Q: Anne Wiazemsky a-t-elle écrit un livre spécifiquement sur l'avortement ? R: Non, elle n'a pas publié un essai dédié uniquement à l'IVG. C'est dans Dans les yeux de Agnès (1991, Éditions du Seuil) qu'elle aborde, parmi d'autres thèmes, son expérience de la grossesse et de l'interruption. L'avortement y est traité comme un épisode au sein d'une vie à deux, ce qui le rend d'autant plus proche du vécu intime de nombreuses femmes.
Q: À quelle date est décédée Anne Wiazemsky ? R: Anne Wiazemsky est décédée le 3 février 2017 à Paris, à l'âge de 82 ans. Son décès a été largement couvert par la presse française, notamment pour le rôle qu'elle avait tenu auprès d'Agnès Varda dans les derniers mois de la cinéaste.
Q: Le récit d'Anne Wiazemsky est-il adapté pour une femme qui a eu une IVG il y a seulement quelques semaines ? R: Il peut l'être, mais sans urgence. Si le texte est trop dense ou qu'il ravive une intensité que vous n'êtes pas encore prête à accueillir, c'est un signal à respecter. L'important est que la lecture soit un soutien, pas une épreuve. Vous pouvez commencer par un seul chapitre, celui qui vous attire, sans obligation de finir.
Q: Peut-on citer Anne Wiazemsky dans une thérapie pour parler de son avortement ? R: Absolument. Beaucoup de thérapeutes utilisent des supports littéraires pour aider la patiente à contourner les blocages du langage direct. Citer une phrase de Wiazemsky, montrer un passage à votre thérapeute, peut servir de « porte » quand les mots propres manquent encore.
Q: Y a-t-il d'autres autrices francophones qui traitent l'avortement avec une approche similaire ? R: Plusieurs écrivaines contemporaines ont abordé le sujet sous des angles variés, du témoignage direct à la fiction. L'important, pour votre parcours, est de trouver une voix qui résonne avec votre propre manière de formuler. Wiazemsky est un point de départ parmi d'autres, pas une référence unique.
Q: Faut-il « faire » quelque chose de son avortement pour qu'il ne pèse plus ? R: C'est la question que je reçois le plus souvent. La réponse honnête est : pas forcément « faire », mais plutôt « laisser se défaire ». Un rituel, une lettre non envoyée, une marche, une conversation choisie : tout peut être un geste d'intégration. L'important n'est pas l'acte en lui-même, mais le fait de ne plus reporter l'événement à plus tard, dans ce « je m'en occuperais si… » qui s'éternise.
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Élise Moreau — Psychologue clinicienne et écrivaine, Lyon, France. Explorer les silences et les cicatrices invisibles de l'avortement pour aider à reconstruire une vie après.
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