Bona (peintre) : l'artiste surréaliste qui a peint les silences du corps féminin

Mis à jour le 22/07/2026 par Élise Moreau

Bona (peintre), de son nom complet Bona Tibertelli de Pisis, est une figure méconnue mais saisissante du surréalisme européen du XXe siècle. Née à Rome en 1926 et morte à Paris en 2000, elle a consacré sa vie à traduire en images ce que les mots échouent souvent à dire : les métamorphoses du corps féminin, les désirs enfouis, les deuils silencieux. Comprendre son œuvre, c'est ouvrir une fenêtre rare sur une façon de peindre le vécu intérieur des femmes avec une précision presque clinique.

Mains tenant un livre d'art ouvert sur une peinture surréaliste évoquant l'œuvre de Bona peintre avec des motifs féminins et floraux

Qui est Bona, la peintre surréaliste ?

Bona Tibertelli de Pisis est une peintre d'origine italienne, naturalisée française, dont l'œuvre s'inscrit pleinement dans la tradition surréaliste tout en gardant une voix profondément personnelle. Elle naît le 30 décembre 1926 à Rome dans une famille marquée par l'art : elle est la nièce du peintre Filippo de Pisis, figure importante du XXe siècle italien. Cette filiation artistique n'est pas anodine — elle baigne dès l'enfance dans un univers où la peinture est une langue naturelle, presque maternelle.

En 1950, elle épouse l'écrivain André Pieyre de Mandiargues, ce qui l'amène à s'installer à Paris et à entrer en contact avec les cercles surréalistes parisiens. André Breton lui-même reconnaît sa singularité. Mais Bona n'est pas une artiste satellite de son mari : elle développe une vision propre, une technique minutieuse, un univers iconographique immédiatement reconnaissable.

Ce qui me frappe, en tant que psychologue, c'est la façon dont Bona peint les corps : ils ne sont jamais entiers, jamais apaisés. Ils se transforment, ils débordent de leur propre contour. Elle met en image ce que beaucoup de femmes ressentent sans pouvoir le nommer.

Comment Bona a-t-elle intégré le mouvement surréaliste ?

Bona rejoint le cercle surréaliste parisien dans les années 1950, une époque où le mouvement, fondé par André Breton dans les années 1920, cherchait encore à se renouveler. Son intégration ne se fait pas par une adhésion théorique mais par une reconnaissance mutuelle : ses œuvres parlent d'elles-mêmes.

Le surréalisme, tel que défini par Breton dans le Manifeste du surréalisme de 1924, ambitionne de libérer l'inconscient et de dépasser la frontière entre rêve et réalité. Bona incarne cet idéal avec une particularité : là où beaucoup de peintres surréalistes masculins projettent leur inconscient sur le corps féminin (souvent comme objet), Bona peint depuis ce corps. C'est une différence fondamentale.

Ses toiles exposent des femmes-fleurs, des femmes-animaux, des femmes dont la peau elle-même semble vouloir s'ouvrir pour laisser passer autre chose. Elle participe à plusieurs expositions surréalistes en France et à l'étranger, mais reste une présence discrète, presque secrète, dans les archives du mouvement.

Atelier de peintre parisien des années 1950 avec toiles, pinceaux et tubes de peinture à l'huile dans une lumière d'après-midi, évoquant l'univers de Bona peintre

Les thèmes centraux de l'œuvre de Bona (peintre)

L'œuvre de Bona (peintre) tourne autour de quelques obsessions cohérentes et profondes. Voici les principales :

  • La métamorphose du corps féminin : les femmes qu'elle représente sont en perpétuel devenir, ni tout à fait humaines, ni tout à fait autre chose.
  • La flore et la faune comme langage intérieur : fleurs, insectes, plumes apparaissent comme des extensions psychiques de ses personnages.
  • L'érotisme comme force vitale : non pas l'érotisme-spectacle, mais une sensualité qui naît du dedans, liée à la pulsion de vie.
  • Le deuil et la perte : certaines de ses toiles dégagent une mélancolie sourde, presque clinique, que l'on perçoit sans pouvoir l'expliquer immédiatement.
  • L'identité fragmentée : les visages sont parfois incomplets, les corps découpés par le cadre ou dissous dans le fond.
Ces thèmes ne sont pas des choix purement esthétiques. Ils disent quelque chose sur ce que c'est d'habiter un corps de femme dans le XXe siècle — avec ses désirs refoulés, ses pertes non dites, ses cicatrices invisibles.

Tableau récapitulatif des caractéristiques stylistiques de Bona

CaractéristiqueDescription
TechniqueHuile sur toile, gouache, collage
PaletteTons doux, rosés, ocres, verts profonds
Figures récurrentesFemmes-végétaux, hybrides corps-nature
InfluencesSurréalisme, art préraphaélite, iconographie symboliste
Ton généralIntimiste, onirique, mélancolique
Période activeAnnées 1950–1990

Pourquoi l'art de Bona résonne-t-il avec les expériences féminines indicibles ?

L'art de Bona résonne avec les expériences féminines indicibles parce qu'il donne forme visuelle à ce que le langage ordinaire ne sait pas accueillir — les deuils du corps, les transformations non choisies, les silences imposés.

Je me souviens de la première fois où j'ai vu une reproduction de son travail dans un catalogue d'exposition. J'avais 28 ans, cinq ans après mon propre avortement, et je traversais encore des zones d'ombre que je ne savais pas nommer. Cette femme peinte, à moitié dissolue dans une végétation dense, avec ce regard dirigé nulle part et partout à la fois — quelque chose en moi a tressailli. Pas de beauté consolante, pas de morale. Juste : oui, c'est ça.

C'est ce que fait l'art quand il est honnête : il valide des états intérieurs que la société préfère taire. Les femmes qui ont vécu un avortement, une fausse couche, une perte reproductive de quelque nature que ce soit, connaissent cette expérience du corps qui a changé sans que personne autour ne le voie vraiment. Bona peint exactement ce territoire.

Sur abortionaftermath.org, nous explorons régulièrement la façon dont l'art, la littérature et la culture peuvent accompagner ce chemin de reconstruction — parce que les mots cliniques ne suffisent pas toujours.

Femme assise seule dans une salle de musée contemplant une grande peinture surréaliste aux formes féminines végétales, illustration de la résonance émotionnelle de l'art de Bona peintre

Chronologie et œuvres majeures de Bona (peintre)

Bona a produit une œuvre relativement discrète en termes de volume mais dense en termes de cohérence. Voici les jalons essentiels de sa carrière :

  • 1926 : Naissance à Rome. Enfance dans un milieu artistique lié à son oncle Filippo de Pisis.
  • Années 1940 : Premières explorations picturales en Italie. Formation autodidacte enrichie par la fréquentation des milieux artistiques romains et milanais.
  • 1950 : Mariage avec André Pieyre de Mandiargues. Installation à Paris. Entrée progressive dans les cercles surréalistes.
  • Années 1950-60 : Période de maturation. Développement de son iconographie personnelle, exposition dans des galeries parisiennes et européennes.
  • Années 1970-80 : Reconnaissance croissante. Participation à des expositions collectives surréalistes en France, en Italie et aux États-Unis.
  • 2000 : Décès à Paris le 22 octobre. Ses œuvres sont conservées dans des collections privées et quelques musées européens.
Il faut noter honnêtement que la documentation publique sur Bona reste lacunaire. De nombreuses de ses œuvres circulent dans des collections privées difficiles d'accès, et les études académiques françaises sur son travail demeurent peu nombreuses — ce qui est lui-même révélateur d'une certaine façon dont l'histoire de l'art traite les femmes artistes du XXe siècle.

Comment redécouvrir Bona aujourd'hui ?

Redécouvrir Bona aujourd'hui passe par plusieurs voies complémentaires, même si l'accès à son œuvre reste limité.

Les ressources disponibles :

  • Les archives d'exposition des musées surréalistes européens, notamment à Paris.
  • Les catalogues de ventes aux enchères (Christie's, Sotheby's, Artcurial) qui mentionnent régulièrement ses œuvres.
  • Les ouvrages consacrés aux femmes surréalistes, qui lui accordent une place croissante depuis les années 2000.
  • Les articles de recherche sur André Pieyre de Mandiargues, qui mentionnent souvent son œuvre dans le contexte de leur vie commune.
  • Les galeries spécialisées en art surréaliste à Paris et Milan.
Ce travail de redécouverte est lui-même un acte politique et culturel. Comme je l'écris parfois sur abortionaftermath.org dans nos réflexions sur la mémoire féminine, retrouver ce qui a été effacé ou rendu invisible est une forme de soin — pour les femmes artistes, comme pour les femmes qui ont vécu des expériences que la société préfère ne pas voir.

Il est difficile de donner des chiffres précis sur le nombre de ses œuvres répertoriées ou leurs valeurs marchandes actuelles sans risquer d'avancer des données invérifiables. Ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est que Bona fait partie de ces artistes dont la côte et la reconnaissance critique progressent à mesure que le regard sur les femmes surréalistes se réévalue — un mouvement académique observable depuis les années 1980 avec des expositions comme celles consacrées à Leonora Carrington ou Meret Oppenheim.

Sa particularité reste sa façon de peindre le corps non pas comme un objet mais comme un sujet en devenir — un corps qui souffre, qui désire, qui se transforme et qui, malgré tout, continue d'exister.

Questions fréquentes

Q : Qui est exactement Bona, la peintre ? R : Bona Tibertelli de Pisis (1926–2000) est une peintre franco-italienne surréaliste, nièce du peintre Filippo de Pisis et épouse de l'écrivain André Pieyre de Mandiargues. Elle est connue pour ses toiles explorant la métamorphose du corps féminin et l'érotisme végétal.

Q : Bona (peintre) est-elle liée au mouvement surréaliste officiel ? R : Oui. Intégrée aux cercles surréalistes parisiens dans les années 1950 via son mari André Pieyre de Mandiargues, elle a été reconnue par André Breton lui-même et a participé à plusieurs expositions collectives surréalistes en Europe.

Q : Où peut-on voir des œuvres de Bona aujourd'hui ? R : Ses œuvres se trouvent principalement dans des collections privées. Elles apparaissent dans des ventes aux enchères spécialisées (Christie's, Artcurial) et dans des catalogues d'expositions consacrées aux femmes surréalistes. Quelques musées européens en conservent.

Q : Quelle est la technique picturale de Bona ? R : Bona travaillait principalement à l'huile sur toile et à la gouache, avec une palette douce et intimiste. Son style minutieux, ses figures hybrides et ses fonds oniriques sont immédiatement reconnaissables.

Q : Pourquoi Bona est-elle si peu connue du grand public ? R : Comme beaucoup de femmes artistes du XXe siècle, Bona a souffert d'un biais historiographique qui a longtemps relégué les femmes surréalistes en marge de leurs contemporains masculins. Sa réévaluation progressive s'inscrit dans un mouvement académique plus large de reconnaissance des artistes féminines.

Q : En quoi l'art de Bona peut-il intéresser celles qui traversent un deuil émotionnel ou corporel ? R : Bona peint des corps en transformation, des deuils silencieux, des états intérieurs que les mots n'atteignent pas facilement. Pour celles qui traversent une perte liée au corps — avortement, fausse couche, maladie — son œuvre offre une forme de reconnaissance visuelle rare et précieuse.

Élise Moreau — Psychologue clinicienne et écrivaine à Lyon, France. Après avoir vécu un avortement à 23 ans et traversé un long chemin de guérison, j'ai fondé ce site pour offrir un espace sécurisé où les femmes peuvent partager leur vécu sans jugement, en alliant expérience personnelle et données scientifiques sur le syndrome post-avortement.

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