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ToggleAvortement thérapeutique : ce que personne ne vous dit vraiment sur cette épreuve médicale et humaine
Mis à jour le 11/07/2026 par Élise Moreau
L'avortement thérapeutique, aussi appelé interruption médicale de grossesse (IMG), est une décision médicale parmi les plus lourdes qu'une femme — qu'un couple — puisse traverser. Contrairement aux idées reçues, il ne s'agit pas d'un choix anodin : c'est souvent la fin d'un enfant désiré, d'un projet de vie, d'une promesse. En France, selon les données de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), plusieurs milliers d'IMG sont pratiquées chaque année, dans des contextes où la grossesse met en danger la vie de la mère ou révèle une pathologie grave chez le fœtus. Je veux vous parler de ce que ces chiffres ne disent pas.
Qu'est-ce que l'avortement thérapeutique exactement ?
L'avortement thérapeutique, ou interruption médicale de grossesse (IMG), est une interruption de grossesse pratiquée pour raisons médicales, sans limite de terme légale en France. C'est ce qui le distingue fondamentalement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), qui ne peut être réalisée qu'avant 14 semaines d'aménorrhée depuis la loi du 2 mars 2022.
L'IMG recouvre deux réalités bien distinctes, souvent confondues dans le grand public :
- L'IMG maternelle : la grossesse met en jeu la vie ou la santé de la mère (cancer, maladie cardiovasculaire grave, pathologie psychiatrique sévère, etc.)
- L'IMG fœtale : le fœtus présente une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic (trisomie 18, anencéphalie, malformations sévères, etc.)
Je me souviens d'une patiente — appelons-la Camille — qui est venue me voir six mois après une IMG pour trisomie 13. Elle m'a dit : « Tout le monde me disait que c'était la bonne décision. Mais personne ne me demandait comment j'allais vraiment. » Ce silence est au cœur de ce que j'explore sur abortionaftermath.org.
| Critère | IVG | IMG |
|---|---|---|
| Limite de terme | 14 semaines d'aménorrhée | Aucune limite légale |
| Motif principal | Choix personnel | Raison médicale |
| Décision | Femme seule | Commission médicale pluridisciplinaire |
| Remboursement Sécu | 100% | 100% |
| Accompagnement psycho obligatoire | Non | Proposé systématiquement |
Quelles sont les indications médicales d'une IMG ?
Les indications d'une IMG sont strictement encadrées par la loi française — article L2213-1 du Code de la santé publique — et évaluées par une équipe médicale pluridisciplinaire. Deux grandes catégories d'indications existent : celles liées à la santé maternelle et celles liées à l'état du fœtus.
Indications maternelles :
- Cancers diagnostiqués pendant la grossesse nécessitant une chimiothérapie ou radiothérapie incompatible avec la poursuite de la grossesse
- Maladies cardiovasculaires sévères (hypertension artérielle pulmonaire, certaines cardiomyopathies)
- Pathologies psychiatriques graves décompensées
- Affections rénales ou hépatiques mettant la vie en danger
- Anomalies chromosomiques létales ou entraînant de graves handicaps (trisomie 18, 13, certaines formes de trisomie 21 avec malformations associées graves)
- Malformations structurelles sévères détectées à l'échographie (anencéphalie, agénésie rénale bilatérale)
- Infections fœtales graves (toxoplasmose sévère, certaines infections à cytomégalovirus avec séquelles documentées)
- Maladies génétiques graves et incurables (myopathie de Duchenne dans certains contextes, mucoviscidose sévère)
Comment se déroule la procédure d'interruption médicale de grossesse ?
La procédure d'IMG est rigoureusement encadrée et se déroule en plusieurs étapes obligatoires, conçues pour protéger la femme et le couple à chaque stade.
Étape 1 — Le diagnostic et l'orientation vers un CPDPN
Lorsqu'une anomalie est suspectée ou qu'un problème maternel grave est identifié, la femme est orientée vers un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal. Ces centres, répartis sur tout le territoire français, réunissent généticiens, obstétriciens, pédiatres, échographistes et psychologues.
Étape 2 — L'avis pluridisciplinaire
Une commission d'au moins trois médecins (dont un expert de la pathologie concernée) examine le dossier. Leur rôle est de confirmer ou infirmer le diagnostic, d'évaluer la gravité et le caractère incurable ou non de l'affection, et de présenter les options à la patiente — y compris la poursuite de la grossesse avec accompagnement palliatif.
Étape 3 — Le délai de réflexion
Aucune IMG ne peut être pratiquée sans qu'un délai de réflexion soit laissé à la femme ou au couple. Ce temps est précieux. Il permet de consulter d'autres spécialistes, de rencontrer des associations de parents, de se forger une décision qui soit vraiment la sienne.
Étape 4 — La procédure médicale elle-même
Selon le terme de la grossesse :
- Avant 22-24 semaines : médicaments (mifépristone et prostaglandines) ou aspiration
- Après 24 semaines : accouchement déclenché, parfois précédé d'une injection intrafœtale pour éviter toute souffrance
Un suivi psychologique est systématiquement proposé. Les équipes hospitalières des maternités de niveau III sont formées à l'accompagnement du deuil périnatal. Des associations comme AGAPA ou SOS Deuil Périnatal offrent également un soutien aux familles endeuillées.
Pourquoi l'avortement thérapeutique laisse-t-il des cicatrices psychologiques profondes ?
L'avortement thérapeutique laisse des cicatrices profondes parce qu'il mêle deuil, culpabilité, solitude et ambivalence dans une temporalité brutale que le corps n'a pas choisie. C'est l'une des expériences les plus paradoxales qui soit : on met fin à une grossesse souhaitée, souvent après des mois d'espoir.
Je parle de ce paradoxe avec une acuité particulière. À 23 ans, j'ai vécu un avortement — différent d'une IMG, mais tout aussi silencieux dans ses séquelles. Ce que j'ai appris en traversant ma propre reconstruction, puis en accompagnant des centaines de femmes dans mon cabinet lyonnais, c'est que la souffrance après une IMG est souvent niée par l'entourage lui-même. « C'était la bonne décision », « tu as fait ce qu'il fallait », « tu en auras d'autres » — ces phrases, aussi bien intentionnées soient-elles, effacent le deuil au lieu de le valider.
Du point de vue clinique, les recherches disponibles dans la littérature sur le deuil périnatal documentent plusieurs manifestations fréquentes après une IMG :
- Culpabilité persistante : sentiment d'avoir « abandonné » son enfant, même face à une pathologie létale
- Syndrome de stress post-traumatique : flashbacks liés à la procédure, notamment lors d'accouchements tardifs
- Deuil compliqué ou prolongé : difficulté à traverser les étapes classiques du deuil quand la mort de l'enfant résulte d'une décision et non d'un événement naturel
- Isolement relationnel : le couple se replie parfois sur lui-même, chacun portant sa douleur différemment
- Difficultés lors d'une grossesse ultérieure : anxiété intense, hypervigilance, parfois tocophobia secondaire
Comment se reconstruire après une IMG ?
Se reconstruire après un avortement thérapeutique est possible, et cela passe par plusieurs étapes concrètes que j'ai pu observer — et vivre, différemment — au fil des années.
Reconnaître et nommer le deuil
La première étape est de ne pas minimiser ce qui s'est passé. Vous avez perdu un enfant. Cette phrase, simple, est souvent la plus difficile à entendre et à accepter. Les ressources sur abortionaftermath.org pour comprendre le deuil après une perte gestationnelle peuvent vous aider à mettre des mots sur ce que vous traversez.
Chercher un accompagnement spécialisé
Tous les psychologues ne sont pas formés au deuil périnatal. Je vous recommande de chercher un professionnel ayant une formation spécifique — la Fédération Française de Psychiatrie et certaines plateformes de psychologie clinique référencent des spécialistes par région.
Rejoindre un groupe de parole
Rencontrer d'autres femmes ou couples ayant traversé une IMG brise l'isolement. Ces espaces de parole, animés par des professionnels ou des bénévoles formés, sont des lieux où la honte n'a pas de place.
Ritualiser, à sa façon
Planter un arbre, garder une échographie, écrire une lettre à l'enfant, lui donner un prénom — ces gestes ne sont pas des excentricités. Ils sont documentés comme des outils de deuil efficaces dans la littérature en psychologie clinique du deuil.
Prendre le temps avant une nouvelle grossesse
Il n'y a pas de délai universel. Mais précipiter une nouvelle grossesse pour « combler le vide » est souvent contre-productif. Un suivi psychologique préalable, ou un accompagnement pendant la grossesse suivante, peut être d'une aide précieuse.
Ce qui entrave la reconstruction :
- Le silence familial et social autour de l'IMG
- L'absence de rituel de deuil
- Un accompagnement médical insuffisant après la procédure
- La pression à « aller de l'avant » trop vite
- La culpabilité non travaillée
Le cadre légal de l'avortement thérapeutique en France
En France, l'avortement thérapeutique (IMG) est encadré par l'article L2213-1 du Code de la santé publique. Contrairement à l'IVG, il n'est soumis à aucune limite de terme : une IMG peut être pratiquée jusqu'au terme de la grossesse si les conditions médicales le justifient.
Les points clés du cadre légal :
- Avis pluridisciplinaire obligatoire : au moins trois médecins membres d'un CPDPN agréé doivent attester par écrit de la situation médicale
- Consentement de la femme : écrit, libre et éclairé — la femme peut refuser ou changer d'avis à tout moment avant la procédure
- Clause de conscience des médecins : un médecin peut refuser de pratiquer une IMG, mais doit orienter la patiente vers un confrère
- Remboursement à 100% par l'Assurance Maladie, sans avance de frais
- Déclaration à l'état civil : si la grossesse avait atteint 22 semaines d'aménorrhée, les parents peuvent demander un acte d'enfant sans vie, qui permet une reconnaissance symbolique et des droits aux funérailles
Questions fréquentes
Q : Peut-on refuser une IMG même si les médecins la recommandent ? R : Oui, absolument. L'IMG n'est jamais imposée. La commission médicale rend un avis, pas une obligation. Certains parents choisissent la poursuite de la grossesse avec accompagnement palliatif périnatal, ce que les équipes médicales sont tenues de proposer et de respecter.
Q : Peut-on bénéficier d'une IMG pour raisons psychiatriques maternelles ? R : Oui. La loi française reconnaît les affections psychiatriques graves comme indication maternelle d'IMG, dès lors qu'elles mettent en péril la santé ou la vie de la femme. Ce cas de figure nécessite l'avis d'un psychiatre dans la commission pluridisciplinaire.
Q : Y a-t-il un deuil officiel reconnu après une IMG ? R : Depuis la loi du 8 décembre 1993 et ses actualisations, si la grossesse avait atteint 22 semaines d'aménorrhée (ou si l'enfant pesait plus de 500g), les parents peuvent obtenir un acte d'enfant sans vie auprès de l'officier d'état civil. Cet acte n'a pas de valeur juridique de filiation, mais il permet d'inscrire l'enfant dans le livret de famille et d'organiser des funérailles.
Q : Combien de temps dure le deuil après une IMG ? R : Il n'y a pas de durée « normale ». Des études sur le deuil périnatal (notamment les travaux de Joanne Cacciatore, chercheure en deuil traumatique) montrent que certains parents ressentent encore une douleur intense plusieurs années après. Ce qui compte, c'est la qualité de l'accompagnement reçu, pas la rapidité de la « guérison ».
Q : Le couple résiste-t-il souvent à une IMG ? R : C'est une question sensible. L'IMG est une épreuve qui peut soit rapprocher un couple — par le partage d'une expérience extrême — soit l'éloigner, chacun portant son deuil différemment et à un rythme différent. Un accompagnement de couple par un psychologue spécialisé est souvent précieux dans ce contexte.
Q : Existe-t-il des ressources d'aide en ligne pour les femmes après une IMG ? R : Oui. En France, l'association AGAPA, SOS Deuil Périnatal, et le réseau Petite Empreinte proposent des groupes de parole, des lignes d'écoute et des ressources documentaires. Sur abortionaftermath.org, vous trouverez également des témoignages et des ressources pour accompagner le processus de reconstruction après une perte gestationnelle.
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Élise Moreau — Psychologue clinicienne et écrivaine à Lyon, France. Après avoir traversé un avortement à 23 ans et un long chemin de reconstruction, j'ai fondé abortionaftermath.org pour offrir un espace sans jugement aux femmes qui portent en silence les séquelles invisibles de leurs pertes gestationnelles.